La backyard ultra, un concept qui mérite d'être connu !

    Dans ma quête des "cases à cocher", la backyard n'a jamais eu une place prépondérante, pas comme le marathon sub3h, l'UTMB et l'Ironman. Néanmoins ce matin, une nuit de repos après avoir fini les 100 miles en 24h, je le ressens comme ça, "done" ! 

    J'ai découvert ce format en 2020 via François, le collègue d'une amie, qui m'a proposé de faire la 1ère édition de l'Infinity Trail, à Pavilly en Normandie. L'Infinity Trail est depuis devenu le plus gros circuit de backyard en France.

    La règle d'une backyard est très simple, elle a été inventée par le célèbre Laz à qui on doit aussi le barclay marathon. A chaque heure pile, un départ est donné pour une nouvelle boucle de 6.7 km à parcourir. Que tu la fasses en 30’ ou 59’59 peu importe, il faut être sur la ligne de départ de la boucle suivante à l’heure pile sinon tu es éliminé. Et ce à l’infini, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un coureur, désigné vainqueur et seul finisher, tous les autres étant DNF.  Alors chacun sa méthode, allez lentement et repartir aussitôt, allez vite et avoir plus de temps sur le camp de base pour récupérer, c'est selon … Au bout de 15h, ça fait 100km, 100 miles après 24h, 200 km après 30h, …

Pavilly, juillet 2020

    Le 31 juillet 2020, en plein covid et pleine canicule, je découvre donc une backyard, et c'est un échec cuisant, je ne fais "que" 6 tours, à peine un marathon en 6 heures, et encore je suis hors délai sur le 6ème, déshydraté et sans mental. Je passe la nuit dans la tente et pas sur le parcours. Vexé et sans courbatures, je referai 5 tours le matin, plus ou moins sur le tracé mais à l'envers. Je suis resté aussi pour soutenir François qui lui fera 27 tours, dans les 4 derniers "encore debout".

    Malgré cet échec, je suis plutôt séduit par le format, voilà pourquoi: 

  • Tout tourne autour du camp de base, d'où chaque départ est donné chaque heure et où chaque boucle se termine, donc tout le monde est là, coureurs et supporters, en mode ambiance week-end sportif en camping. 
  • Sur le parcours, on court ensemble quelque soit le niveau de chacun, la vitesse n'est pas l'enjeu, donc c’est lent et ça discute avec plein de gens qui ont la même passion. 
  • Toutes les heures on repasse la ligne 2 fois, arrivée et nouveau départ, avec l'ambiance « start line » associée, l'accès au ravito et à ses affaires personnelles,  donc rien à porter sur le parcours. ⁠⁠
  • En terme de gestion de l’effort c’est différent du trail ou du marathon,  c’est  autre chose à découvrir, ce n'est pas plus simple ni plus dur, juste différent. En effet, la plupart des gens font la boucle en 50' environ, soit 8km/h de moyenne mais en alternant course et marche. C'est lent et ça laisse 10' de pause avant de repartir, cela peut sembler facile. Mais non, car c’est pas tu peux prendre 10’, tu es obligé de les prendre, tu peux pas continuer sans t’arrêter et prendre de l'avance. Quand tu as besoin de manger, te reposer, te changer, c’est très court 10’… A l'inverse, ça peut aussi être long car tes muscles se refroidissent et tu repars avec des jambes en bois. C'est donc différent du trail où tu gères ton allure comme tu veux, là c'est 6.7km/h strictement, ni plus ni moins ! 
  • Enfin, ⁠⁠tu feras peut être 100 bornes et à la fin Fréd, l'organisateur du circuit Infinity Trail, te dira  "désolé t’es non finisher, est-ce que tu peux enlever toi même ta photo du board des partants car c’est pas nous qui t’avons demandé d’arrêter, et d’ailleurs tu vas le regretter", l’esprit Laz, le créateur du concept 😄. 

    Alors oui on tourne en rond, mais pas n'importe où, il existe des backyard dans plein de beaux endroits, et ça contribue au charme de l'épreuve. Et 6.7km ce n'est pas non plus les 400m d'une piste d'athlétisme, ce n'est pas monotone. Bref, c'est ludique, convivial, challengeant, accessible à tous, pour 3 tours, une 1ère distance marathon, 100 bornes, ou plus. Ajoutez à cela un tour déguisé, des ravitos surprise frites, crêpes, croque-monsieur, … et des bénévoles aux petits soins, et normalement vous êtes convaincus 😊.

 

Île d'Aix octobre 2024 avec le beau temps




    C'est ainsi que me voilà réinscrit à l'Infinity Trail de l'île d'Aix début octobre 2024, avec Sophie, toujours partante pour un défi sportif même saugrenu. J'ai choisi l'île d'Aix parce que cela semble un bel endroit, que faire le tour d'une île me plaît bien, et … parce que c'est plat ! A Pavilly la boucle faisait 160D+, c'est pas du tout pareil, donc autant se simplifier la tâche pour atteindre l'objectif de 15 tours et 100km. 

    Tout s'est très bien passé : c'était très beau avec un temps magnifique, c'était donc plat, et j'ai fait plutôt facilement les 15 tours. Et même 18 car Sophie dormait encore quand j'ai fini la 15ème à 9h le matin, que le début de journée me reboostant je suis reparti aussi pour la 17ème, puis encore la suivante car Fréd avait annoncé des frites à la fin de la 18ème (miam), et que 18 ça fait 120 km, un compte rond. Entre 15 et 18, j'avais décidé de ne pas aller chercher la barre symbolique des 24 tours car mentalement c'était trop loin trop dur. De plus les horaires de ferry auraient imposer une nuit de plus sur l'île après la fin, et c'était pas prévu dans notre logistique du week-end. J'ai fait la 18ème en 38', beaucoup plus vite que les 17 précédentes, histoire de finir cette boucle 1er et marquer la fin ainsi. Mais du coup forcément j'ai gardé en tête une petite envie de revoyure, partagée par Sophie qui elle, malade, n'a pu faire "que" 6 tours.


 
Octobre 24 : la médaille et la casquette de non finisher après 18 tours et 120 km.

    Une semaine plus tard, c'est les réinscriptions pour 2025, oui déjà, … J'étais sur l'ordinateur à l'heure H mais les ~250 dossards sont partis en moins de 10 minutes, j'ai été un peu lent à cliquer et me retrouve n°7 en liste d'attente. Il me faudra attendre janvier pour avoir le dossard. 


    Vendredi 3 octobre 25, nous voici donc de retour sur l'île, à 3 cette fois avec aussi Olivier un ami de Sophie qui s'est laissé tenter. L'objectif est clairement 24 boucles pour moi, et Sophie est un peu plus floue entre 8 (minimum) et 10 ("je m'arrête"). Charlotte, une collègue, et son mari se sont laissés tenter aussi. Cette année, il ne fait pas beau, au mieux c'est prévu un mélange de couvert, de crachin ou pluie plus forte, et du gros vent, avec du soleil aussi mais seulement après 21h de course !

 

    Après une nuit à Rochefort le jeudi soir, on prend le ferry de 10h et on installe notre campement, avec une tonnelle cette année en prévision de la pluie. Je nous trouve bien équipés mais la logistique déployée par certains est encore plus impressionnante, tables, chaises longues à bascule, des empilements de caisses tiroirs avec de quoi manger, boire, se soigner, se changer, une bassine pour refroidir et rincer ses pieds ;) Beaucoup sont venus avec une assistance, famille ou amis. Chacun a le droit à 3m sur 3, mais il est possible de mutualiser entre plusieurs concurrents ce qui fait une belle surface pour accueillir une structure type "tonnelle".


Île d'Aix octobre 2025 sans le beau temps

    Un peu avant 15h, briefing et présentation de concurrents notables:  les favoris au vu du nombre de tours déjà réalisés précédemment, les plus fidèles en nombre de backyard courus,  … et Yannick, le malchanceux local de l'étape. En effet en 2024, il s'est changé à la fin du 21ème tour et est reparti sans son dossard. Eliminé ! Là clairement il a soif de revanche. Fréd réinsiste sur une règle simple mais très stricte, parce qu'à chaque fois certains se font bêtement éliminés. À 59'59'' il faut avoir fini la boucle, et à 0'00'' il faut être sur la ligne de départ de la suivante. Si vous finissez 1'' trop tard, ou revenez de votre chaise pour le départ suivant à 0'01'' ou que vous finissez de refaire vos lacets au lieu de franchir la ligne, éliminé ! Une fois la ligne franchie, vous faîtes ce que vous voulez sur le parcours ! 

Pour nous aider, 3 coups de sirène retentissent à -3', puis 2 à -2' et 1 à -1'. Perso, je n'enlève jamais mon dossard, et je me lève de ma chaise quand j'entends le -1', j'ai une quinzaine de mètres à parcourir, ça va. 

15h, Go!

 

    Chaque tour est différent, si si… Evidemment la boucle est la même, mais on vit chacune différemment, vraiment. Bon j'ai déjà oublié l'histoire de chacune d'elle parce que oui ça se ressemble quand même mais voici ce dont je me souviens. 


    1ère boucle, on découvre le parcours. C'est presque exactement comme l'an dernier, donc vite vu… Je me reconcentre sur mon allure, ralentir, ralentir, me rappeler à quels endroits je marche parce que ça monte très légèrement, ou parce qu'il y a du sable. Sur la boucle, il y a 6 endroits où je marche, sur 100m au maximum. Au début c'est un non événement mais après plusieurs heures ça devient autant d'objectifs intermédiaires, courir jusqu'à la prochaine courte pause. D'autres font différemment, j'y reviendrai.

 

    Mentalement je considère des blocs de 3 boucles, soit 20km. Et à l'intérieur du bloc je les prends une par une.  Sur les 2 premiers blocs, je discute quasi tout le long, avec Sophie, avec Charlotte et son mari, ou d'autres participants, peu avec Olivier par contre qui va un peu plus vite sur l'essentiel de la boucle et marche sur les dernières centaines de mètres.

Tous les 3 tours, il y a un ravitaillement chaud, ça conditionne aussi.  


Tour déguisé

    A partir du 7ème tour, je surveille Sophie. Je la connais bien, je sais qu'elle va commencer à fatiguer et se dire qu'à 8 tours l'objectif est atteint et donc projeter de s'arrêter. Elle est dans un bon jour et pousse jusqu'à 10 tours, 67km, sa plus grande distance à ce jour. C'est là que je sors mon argument gardé secret : "Sophie, on est ultra trailer à partir de 80km, soit 12 tours, tu n'as jamais été aussi proche, tu ne peux pas arrêter maintenant!". Il est 1h du matin, elle repart non sans dire que "je fais ch…", ce que je prends pour un compliment;)   

2h plus tard, 80 bornes, c'est fait, bravo Sophie !

 

    De 3h au lever du jour, je rentre dans ma bulle, casque sur les oreilles, avec la playlist "cérémonie d'ouverture des JO Paris 2024" qui dure plus de 5h. Cette phase est longue et calme, ça ne parle plus trop. Je passe les 10' de pause assis sur ma chaise, le camp de base est plutôt silencieux, ceux qui ont arrêté dorment, les bénévoles et les organisateurs se relaient pour les départs arrivées et les ravitos. Le bar du village est fermé maintenant. Situé à environ 500m du départ et de l'arrivée, ils ont ambiancé chaque passage à l'aller et au retour de chaque boucle depuis le départ, c'était top ! Olivier s'est arrêté après 13 tours, je suis sûr qu'il pouvait aller à 15, 100 bornes, mais j'ai loupé le bon moment pour le booster, il avait déjà trop décidé d'arrêter quand j'ai essayé de le convaincre de continuer. Superbe perf néanmoins pour quelqu'un qui n'avait jamais dépassé le marathon, et c'était il y a assez longtemps en plus.



    Mentalement, c'est plus dur que l'an dernier pour une raison simple, il me faut faire au moins 18 tours comme l'an passé pour me mettre dans une dynamique de succès. Je passe la fin de nuit dans le but d'atteindre cette barre à 9h le matin mais à nouveau, c'est long, et j'ai vraiment dû mal à m'imaginer aller au-delà. Je tergiverse avec ma conscience, j'ai l'habitude, 18 c'est déjà bien, 20 ce serait mieux et c'est un compte rond, bla bla bla…

 

    Comme toujours, le lever du jour fait son effet, ça redynamise un peu, la camp se réveille aussi, le bar ne tardera pas à réouvrir avec rapidement des supporters, Sophie et Olivier me soutiennent. Mais c'est aussi le début de conditions météo dantesques, c'était prévu, on a pas été déçu. Grosse pluie, très gros vent. Paradoxalement j'aime bien, je suis bien équipé, y'a un côté fun, épique. Par contre, le campement a pris cher, notre tonnelle n'a pas survécu, pied cassé, toile déchirée. Tout cela m'amènera tranquillement à 12h, 21 tours. Et là bien sûr l'objectif 24 devient mentalement accessible, il n'est même plus question d'envisager une autre fin. Comme prévu aussi c'est le moment du retour du soleil pour toute la fin de mon périple.


Trempé !


    Le plus dur désormais, et de loin, c'est la pause. Les jambes se raidissent quasi instantanément et c'est un cauchemar de repartir, ça me prend bien 1km pour ne plus boîter, et ensuite ça va. On n'est plus très nombreux sur le parcours, c'est plus simple de voir les stratégies des uns et des autres. Je fais le yoyo sur la boucle avec des gars bien plus expérimentés qui progressent assez différemment. Par exemple, l'un fait 1km à bonne allure puis marche sur 1km.  D'autres font l'essentiel de la boucle plus vite, et finissent le dernier km, voire les 2 derniers en marchant.


23ème terminé, plus qu'un tour !


    A 14h50, je finis la 24ème boucle, 100 miles, je salue sur la ligne pour dire "au revoir, merci, j'arrête".  Je suis très content, symboliquement c'est la distance UTMB en 24h (classe ;) mais sans le D+ (un détail ;)
10% des partants atteignent les 24h généralement, et beaucoup s'y arrêtent d'ailleurs. C'est encore à peu près ça, nous étions 230 au départ, nous sommes 18 à atteindre les 24h, dont 2 femmes, et 7 à s'y arrêter. Mon tour le plus rapide a été en 45', le plus lent en 52', et 49' en moyenne, soit  ~11' de pause. Le vainqueur fera 13 heures de plus, 248km en tout, et c'est Yannick le local de l'étape et revanchard du dossard oublié de l'an passé 👏.


 
Encore une fois non finisher, je retire ma photo du tableau des partants ;) 


    Bref, ce très long mot pour dire n'hésitez pas, go go go sur ce format backyard. Et si perso je ne pense pas un jour trouver un sens à aller chercher plus de 24h, je suis par contre tout à fait partant à refaire un petit week-end backyard entre amis, car c'est vraiment avant tout un format à partager.


https://www.strava.com/activities/16034811021







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